Mahmoud Darwich est mort
samedi dans un hôpital
du Texas où il avait été
hospitalisé pour une
opération à cœur ouvert.
Depuis cette
intervention
chirurgicale, il était
resté dans un état
critique. A Amman,
l'ambassadeur
palestinien a fait
savoir que le président
Abbas enverrait un avion
aux Etats-Unis pour
rapatrier la dépouille
du poète. D'autre part,
les Palestiniens ont
demandé à Israël que le
défunt puisse être
enterré dans sa Galilée
natale. L'Autorité
palestinienne a décrété
un deuil de 3 jours. Portrait
d'un auteur engagé
traduit en 40 langues.
Lorsque
Mahmoud Darwich voit le jour en 1941 en Galilée, cette région fait
encore partie de la Palestine sous mandat britannique. Sept ans plus
tard, la naissance de l’Etat hébreu déclenche la première guerre
israélo-arabe. Et comme des centaines de milliers de Palestiniens,
la famille de Mahmoud Darwich est chassée par les combats.
Après un court exil au
Liban, les Darwich reviennent clandestinement en Israël pour y
découvrir que leur village a été rasé. Le jeune Mahmoud étudie,
commence à écrire, et milite au sein du Parti communiste israélien,
le Maki.
Puis ce sont les années
d’exil, notamment à
Moscou, à Paris et au
Caire. Des années qui
voient s’affirmer l’un
des plus grands poètes
arabes, dont l’œuvre est
intimement liée au
destin de son peuple.
Mahmoud Darwich écrit
l’occupation,
l’attachement à la terre,
le conflit, mais aussi
l’amour et le désir. En
1964, l'un de ses poèmes
Je suis arabe, tiré
de son recueil
Rameaux d'olivier,
dépasse cependant la
seule cause
palestinienne pour
devenir un hymne chanté
dans tout le monde arabe.
Le
poète est membre de l’Organisation de libération de la Palestine,
dont il intègre le comité exécutif en 1987. Il claquera la porte de
l’OLP en 1993 pour protester contre le Processus d’Oslo. Mais il
choisira tout de même de s’installer en Cisjordanie, dans la foulée
des accords de paix.De passage en France il y a quelques semaines
pour une lecture de ses textes, Mahmoud Darwich déclarait : « Je
veux être lu comme un poète, pas comme une cause ».
Hommage
contrasté en
Israël
« C’est un
symbole
palestinien qui
disparaît
», reconnaît le
quotidien
Maariv. En
Israël, on
rappelle que
Mahmoud Darwich
s’est opposé
jusqu’au bout
aux accords
d’Oslo et,
qu’après leur
signature, il a
donné sa
démission du
Conseil national
palestinien.
« Poète, ami
et adversaire
», c’est ainsi
que l’écrivain
israélien
Avraham B.
Yehoshua définit
Darwich. «
J’ai toujours
regretté,
affirme-t-il,
qu’il ait
décidé de
quitter de son
propre gré
Israël. Mahmoud
Darwich,
affirme encore
Yehoshua,
était un
partenaire
difficile et
critique, mais
digne de ce nom
».
Un chroniqueur
accuse le poète
palestinien
d’avoir tout
simplement «
abandonné »
son propre
peuple. Il
rappelle une
petite phrase de
Darwich dans une
interview au
quotidien
Haaretz : «
la guerre entre
Israël et les
Palestiniens
n’est pas
seulement
militaire, mais
aussi culturelle,
et peut-être
surtout,
littéraire
».
Et en Israël, on
se souvient d’un
autre incident :
en 2000, la
décision du
ministre de
l’Education,
Yossi Sarid, du
parti « colombe
» Meretz,
d’inclure ses
poèmes dans les
programmes
scolaires avait
provoqué une
crise politique.
Le Premier
ministre avait
estimé que les
Israéliens
n’étaient pas
encore mûrs pour
une telle
décision. Il
s’agissait
d’Ehud Barak.
Michel Paul -
Jérusalem - RFI
«
A ma mère »
(1966)
J’ai la
nostalgie du
pain de ma mère,
Du café de ma
mère,
Des caresses de
ma mère...
Et l'enfance
grandit en moi,
Jour après jour,
Et je chéris ma
vie, car
Si je mourais,
J'aurais honte
des larmes de ma
mère !
Fais de moi, si
je rentre un
jour,
Une ombrelle
pour tes
paupières.
Recouvre mes os
de cette herbe
Baptisée sous
tes talons
innocents.
Attache-moi
Avec une mèche
de tes cheveux,
Un fil qui pend
à l'ourlet de ta
robe...
Et je serai,
peut-être, un
dieu,
Peut-être un
dieu,
Si j'effleurais
ton coeur !
Si je rentre,
enfouis-moi,
Bûche, dans ton
âtre.
Et suspends-moi,
Corde à linge,
sur le toit de
ta maison.
Je ne tiens pas
debout
Sans ta prière
du jour.
J'ai vieilli.
Ramène les
étoiles de
l'enfance
Et je partagerai
avec les petits
des oiseaux,
Le chemin du
retour...
Au nid de ton
attente !
Quelques ouvrages:
Ne t'excuse pas,
Sindbad/Actes Sud ;
Etat de siège,
Sindbad/Actes Sud ;
Murale, Actes Sud ;
La Palestine comme
métaphore, Sindbad/Actes
Sud ;
Palestine, mon pays :
l'affaire du poème,
Edition de Minuit ;
Une mémoire pour l'oubli,
Actes Sud ; Chronique
de la tristesse
ordinaire, suivi de
Poèmes palestiniens,
Cerf ; Plus rares
sont les roses,
Minuit.